Sheshonq Ier, un pharaon au cœur de la mémoire amazighe
Il y a près de 3 000 ans, au cours du Xe siècle avant notre ère, un personnage issu des populations libyennes anciennes d’Afrique du Nord accède à la plus haute fonction de l’Égypte pharaonique : Sheshonq Ier — également transcrit Shoshenq, Chéchonq ou Cacnaq.
Son accession au trône, située aux alentours de 945 avant J.-C., inaugure la XXIIe dynastie égyptienne, généralement qualifiée de dynastie libyenne ou bubastite. Cet épisode historique a acquis, à l’époque contemporaine, une portée particulière dans la mémoire et le mouvement culturel amazighs.
Des origines libyennes anciennes
Avant de devenir pharaon, Sheshonq appartient à une puissante famille issue des Meshwesh, une population libyenne connue des sources égyptiennes depuis plusieurs siècles.
Dans les textes de l’Égypte ancienne, le terme « Libyens » désigne différentes populations établies à l’ouest de la vallée du Nil et en Afrique du Nord. Les Meshwesh avaient progressivement intégré la société égyptienne, notamment l’armée et les structures du pouvoir, jusqu’à occuper d’importantes fonctions politiques et militaires.
Sheshonq portait lui-même le titre de « Grand Chef des Meshwesh » avant son accession au trône. Il ne s’agit donc pas, à proprement parler, de la conquête soudaine de l’Égypte par une armée étrangère : son arrivée au pouvoir constitue l’aboutissement d’une implantation et d’une ascension politique commencées plusieurs générations auparavant.
Sheshonq Ier devient pharaon
Vers 945 avant J.-C., Sheshonq Ier succède au dernier souverain de la XXIe dynastie et fonde une nouvelle lignée royale : la XXIIe dynastie.
Son règne marque une période importante de la Troisième Période intermédiaire de l’histoire égyptienne. Il renforce son autorité sur le pays, place des membres de sa famille à des postes stratégiques et entreprend notamment une importante campagne militaire au Levant.
Le souvenir de cette campagne est encore visible aujourd’hui sur les murs du complexe religieux de Karnak, où un grand relief commémore les victoires du pharaon et énumère de nombreuses villes soumises à son autorité.
Pourquoi Sheshonq Ier est-il associé à l’histoire amazighe ?
Pour une partie du mouvement culturel amazigh contemporain, l’accession au trône d’un souverain issu des anciennes populations libyennes constitue un puissant symbole.
Sheshonq est ainsi devenu l’une des grandes figures historiques mobilisées pour rappeler que les populations autochtones d’Afrique du Nord possèdent une histoire plurimillénaire, antérieure aux conquêtes romaine et arabe et intimement liée aux grandes civilisations de la Méditerranée et de l’Afrique ancienne.
L’identification directe entre les Meshwesh de l’Antiquité et les Amazighs contemporains doit toutefois être présentée avec prudence : les catégories ethniques employées il y a trois millénaires ne correspondent pas exactement aux identités actuelles. Sheshonq occupe néanmoins aujourd’hui une place majeure dans la mémoire historique amazighe.
De Sheshonq à Yennayer
C’est ici que l’histoire rencontre le mythe fondateur.
Yennayer, le Nouvel An célébré dans de nombreuses régions d’Afrique du Nord, est issu d’une ancienne tradition calendaire et agraire fondée sur un calendrier solaire apparenté au calendrier julien. La fête existait donc indépendamment de Sheshonq Ier et rythmait traditionnellement les saisons et les travaux agricoles.
Au XXe siècle, dans le contexte de la renaissance culturelle amazighe, des militants et intellectuels ont souhaité donner à ce calendrier une ère historique propre, comparable à celles utilisées par d’autres calendriers.
L’accession de Sheshonq Ier au trône d’Égypte a alors été choisie comme point de départ symbolique. Le comput contemporain retient conventionnellement une date située autour de 950 avant J.-C., ce qui explique l’écart d’environ 950 années entre l’année grégorienne et l’année du calendrier amazigh moderne.
La diffusion de ce système est notamment associée aux milieux culturels amazighs de la seconde moitié du XXe siècle et au travail d’Ammar Negadi, qui publie en 1980 un calendrier utilisant cette nouvelle ère.
Une date historique devenue symbole
Le lien entre Sheshonq Ier et Yennayer ne signifie donc pas que le pharaon aurait lui-même créé le calendrier amazigh, ni que Yennayer serait né lors de son accession au trône.
Il s’agit plutôt de la rencontre entre deux temporalités :
une tradition ancienne, rurale et saisonnière : Yennayer ;
un repère historique choisi à l’époque contemporaine : l’accession de Sheshonq Ier au trône d’Égypte.
Cette association a donné naissance à un puissant récit collectif faisant de Sheshonq Ier l’une des figures symboliques de l’entrée des anciens peuples d’Afrique du Nord dans l’histoire écrite.
Un mythe fondateur au sens culturel
Employer ici l’expression « mythe fondateur » ne signifie pas que Sheshonq Ier serait un personnage légendaire : son existence et son règne sont historiquement attestés.
Le mythe réside plutôt dans la signification collective attribuée, plusieurs millénaires plus tard, à son accession au pouvoir.
À travers Sheshonq, le calendrier amazigh contemporain relie ainsi le présent à une profondeur historique de près de trois millénaires. Il transforme un événement de l’histoire de l’Égypte antique en un repère de mémoire, de continuité et d’affirmation culturelle amazighes.
À retenir
Sheshonq Ier
Pharaon d’origine libyenne ancienne et fondateur de la XXIIe dynastie égyptienne.
Date
Vers 945 avant J.-C. — conventionnellement située autour de 950 avant J.-C. dans le comput amazigh contemporain.
Peuple d’origine
Les Meshwesh, l’un des groupes libyens anciens mentionnés par les sources égyptiennes.
Dynastie
XXIIe dynastie, dite libyenne ou bubastite.
Yennayer
Nouvel An traditionnel nord-africain lié à un ancien calendrier solaire et agraire.
Lien avec Sheshonq
Le règne de Sheshonq a été choisi au XXe siècle comme point de départ symbolique de l’ère amazighe moderne.
Portée symbolique
Une figure historique devenue symbole de l’ancienneté, de la continuité et de la profondeur historique de la civilisation amazighe.
